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à quand un vrai master professionnel ?

Avis de Bernard DARLEY (Enseignant dans le supérieur ; Chercheur ; Formateur d’enseignants )

Publié le 4 juin 2009 sous la référence : 2090060

La mise en place du master professionnel de formation des enseignants était (je m’expliquerai sur cet emploi de la forme passive) une belle occasion de repenser la formation dispensée dans les IUFM. Non que tout soit à jeter, loin de là, mais après près de 20 ans de fonctionnement une ré actualisation des contenus de formation n’était pas superflue. Or il semble que nous assistions à un retour vers une formation qui n’a de professionnelle que le nom, quasi exclusivement centrée sur l’acquisition de connaissances et sur l’entrainement méthodologique à la réussite aux épreuves du concours. Le tout agrémenté par un mémoire de master "de niveau universitaire" (de "niveau universitaire" voulant dire ici conforme aux coutumes). Les cursus de formation devant, bien entendu s’appuyer sur des master de recherche et permettre des passerelles avec ces derniers. Comme si la compatibilité, voire la continuité entre ces deux choix professionnels (faire de la recherche universitaire et vouloir enseigner à l’école ou au collège) étaient naturelles. Sauf à considérer que seuls les savoirs sont finalement importants et constituent ce lien. J’ai pu lire des contribution dans lesquelles il ne fallait pas "dénaturer la dimension universitaire" des masters. Dénaturer par quoi ? par une vraie formation au métier d’enseignant ? Le monde a changé et le rapport aux élèves aussi. Le temps où, pour faire la classe, une bonne maîtrise de sa discipline et un "minimum de charisme" (comme je l’ai entendu il y a encore peu) pouvait suffire est dépassé depuis longtemps. Certes une bonne maîtrise des savoirs à enseigner est indispensable (qui le nierait ?), mais cette maîtrise passe aussi par une formation à leur utilisation en classe. Considérer que la seule accumulation de savoirs permet, sans réflexion préalable ni accompagnement progressif dans les premières mises en oeuvre, de construire un enseignement de qualité relève de l’utopie, voire de la malhonnêteté intellectuelle. De l’utopie car cela revient à rêver une école idéalisée ; de la malhonnêteté car c’est nier toute la réalité sociologique de l’école d’aujourd’hui. Dans la lettre de cadrage des nouveaux concours il était précisé que le niveau universitaire de recrutement serait toujours celui de la licence. L’excellence du niveau universitaire requis ayant été attestée par la réussite aux examens (sauf à penser que ces derniers ne sont plus de "niveau universitaire" ?) prenons en acte une fois pour toute et voici (enfin) ma contibution : placer les épreuves d’admissibilité du concours le plus tôt possible, dès le premier semestre de la première année de master (M1). Consacrer l’essentiel de cette première année à une mise en oeuvre des connaissances acquises en licence en faisant travailler les étudiants à la mise en application des programmes d’enseignement de l’école ou du secondaire par la construction de progressions pédagogiques qu’ils pourront tester lors de stages courts. Les carences révélées par ce travail (tant dans la discipline choisie par les futurs profs de lycée et collège que pour ceux qui se destinent au professorat des écoles) permettront aux formateurs d’orienter les étudiants vers des modules spécifiquement adaptés à leurs besoins. Des évaluations régulières valideront les compétences acquises tout au long de cette année (voir compétences du socle commun). Les épreuves d’admission à caractère professionnel et d’un niveau d’exigence adapté à cette année de formation se situeraient en fin d’année universitaire et permettraient de recruter des futurs enseignants sur des critères professionnels au sens plein du terme. Tous les reçus aux examens passent en deuxième année. Les reçus au concours sont fonctionnaires stagiaires. La deuxième année, commune à l’ensemble de la cohorte s’équilibrerait entre un approfondissement de la formation engagée en première année et un stage en responsabilité. Une possibilité de repasser les épreuves d’admission pourrait être offerte aux "reçus/collés" (en cas de réussite ces derniers seraient affectés en établissement au même titre que leurs collègues). Une évaluation des compétences professionnelle et la validation d’un master professionnel viendraient sanctionner cette année de M2 par un diplôme de master. On peut toujours rêver ....

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