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Propositions pour une autre réforme de la formation des enseignants de la maternelle à l’Université

Avis de Jacques Stambouli (Enseignant dans le supérieur ; Chercheur )

Publié le 23 mai 2009 sous la référence : 2030026

Propositions pour une autre réforme de la formation des enseignants de la maternelle à l’Université.

1°) Principes généraux de la formation des enseignants du premier et du second degré

La formation des enseignants du premier et du second degré doit se faire dans l’enseignement supérieur, à l’Université. Le niveau qu’elle a effectivement atteint – le niveau du master (Bac +5) pour les professeurs des écoles comme pour les enseignants du second degré - doit être enfin reconnu.

Les rôles des enseignants sont différenciés par l’âge du public scolaire. Dans le premier degré, il s’agit de l’éducation à la culture d’un pays et de la socialisation des enfants. Dans le second degré, il s’agit de la formation des jeunes citoyens qui deviendront majeurs à la fin du second degré et qui vont progressivement choisir un domaine de compétences selon des disciplines scientifiques et techniques. C’est pourquoi, tout en reconnaissant l’égale importance de tous les enseignants pour la transmission des savoirs, il faut differencier la formation multidisciplinaire et généraliste des enseignants du premier degré et la formation par discipline des enseignants du second degré.

Si l’on veut maintenir le système de sélection des candidats à l’enseignement par des concours nationaux, avec un programme national par discipline pour le second degré ou un programme multidisciplinaire lié à l’enseignement pour le premier degré, on ne peut demander, dans la même année, à des candidats de s’initier à la recherche, qui relève d’une dynamique fort différente. En particulier, un candidat ne peut pas se former valablement à la recherche tout en préparant un concours et en faisant des stages pédagogiques longs la même année. On ne peut donc imposer à tous les masters de disciplines de se calquer sur les concours de l’Education nationale. De plus, chaque master de discipline a d’autres débouchés professionnels que les seuls concours de l’Education nationale. Et la société de la connaissance qui se met en place nécessite de nombreuses recherches, en particulier dans les sciences de l’éducation et la culture.

Ces différents éléments doivent contribuer à changer à la fois les concours de recrutement de l’Education nationale, les formations à ces concours, les formations à l’enseignement en général, en les intégrant de façon particulière à la recherche scientifique universitaire. Il faut élever à la fois le niveau de connaissance et de culture des enseignants et le niveau de la recherche dans le domaine de l’enseignement et de la culture. En particulier, le concours doit sanctionner un niveau de connaissances et non la connaissance du programme à enseigner. Car c’est en enseignant que la personne capable d’enseigner pourra s’approprier au fond le programme à enseigner et le réinterpréter de façon vivante.

2°) Eléments pour la formation des enseignants du second degré

Le domaine est complexe et doit être adapté à chaque discipline. Mais le cadre général peut être commun.

Nous avons pris le cas d’un master de langues vivantes et d’un concours pour enseigner les langues vivantes dans le second degré. Car cet enseignement ne donne pas des résultats satisfaisants en France par rapport à d’autres pays comparables.

Un master de langues vivantes ne débouche qu’en partie sur l’enseignement dans le second degré, on peut donc envisager le schéma suivant dans le cadre de l’Université :

- master 1 général de langues, avec initiation à la recherche et rédaction d’un mémoire personnel ;

- master 2 recherche de langues : en continuité du master 1 général et approfondissement de la recherche (complément du premier mémoire) ;

- master 2 professionnalisant de langues, en parallèle (mais pas mélangé) , avec préparation au concours national d’enseignement pour le second degré (partie théorique).

Les candidats ayant obtenu la partie théorique du concours national ont un diplôme de master et entrent en insertion professionnelle d’un an, comme fonctionnaires stagiaires, avec un service allégé permettant des stages dans un pays de la langue de discipline et des stages en situation professionnelle dans des niveaux différents, si possible en collège et lycée, avec l’assistance d’un tuteur.

À l’issue de cette année de fonctionnaire stagiaire, se place la deuxième partie du concours (épreuves pratiques et orales) et la présentation d’un projet personnel lié à l’expérience dans un pays étranger.

De fait, par rapport aux formations actuelles de master, qui souvent séparent un peu trop arbitrairement masters recherche et masters professionnels (car les deux permettent de continuer en théorie en doctorat), le master formant un enseignant de langues du second degré proposé comprend un master 1 plutôt recherche et un master 2 plutôt professionnalisant, intégrant la préparation au concours de l’Education nationale.

L’étudiant reçu au concours d’enseignant (partie théorique) obtiendra, par le jeu des coefficients, et à condition qu’il suive correctement la formation de master, le master 2. Ce qui évite le cas de reçus aux concours, non-reçus au master. En revanche, l’étudiant non reçu au concours d’enseignant pourrait garder le bénéfice de certains enseignements du master 2 et soit redoubler pour présenter le concours, soit se réorienter.

3°) Eléments pour la formation des enseignants du premier degré

Ici, les IUFM ont une certaine expérience, qui peut être améliorée, mais qui doit être conservée. D’autre part, l’enseignement est d’emblée multidisciplinaire : au moins français, mathématiques, sciences naturelles, histoire, géographie avec des compétences éventuelles en langues et en éducation artistique.

Un master d’enseignement du premier degré n’a pas beaucoup d’autres débouchés à notre connaissance que l’enseignement. C’est pourquoi nous proposons qu’il soit professionnalisant dès le master 1, mais qu’il inclut aussi une initiation à la recherche dans son domaine de compétences : les sciences de l’éducation vues de façon large.

Pour l’enseignement du premier degré, on peut envisager le schéma suivant, qui doit être discuté et affiné avec les enseignants des IUFM :

- master 1 professsionnalisant d’enseignement multidisciplinaire (français, mathématiques, sciences naturelles, histoire, géographie plus langues et arts), avec initiation à la recherche en sciences de l’éducation, dans le cadre des IUFM et préparation au concours ;

- passage du concours de professeur des écoles, à la fin de l’année de master 1, pour la partie théorique ;

- master 2 professionalisant pour les candidats reçus aux concours de professeurs des écoles dans le cadre des IUFM ; les candidats reçus au concours sont fonctionnaires stagiaires et payés à plein temps, avec un service allégé pour se former dans des classes de niveaux différents et préparer l’épreuve pratique du concours. Ils continuent leur initiation à la recherche dans les sciences de l’éducation. Les reçus au concours (épreuves théoriques et pratiques) ont un master professionnel de professeur des écoles.

3°) Eléments pour la poursuite de la formation des enseignants

Les contenus et les niveaux des formations, du fait de la partie recherche dans la formation, doivent permettre aux enseignants du premier et du second degré, s’ils le désirent, de prolonger leurs études pour passer un doctorat (par exemple avec validation d’acquis d’expérience et une année de décharge horaire) et devenir enseignant-chercheur à l’Université.

La formation ainsi organisée permet de constituer un groupe unifié des enseignants en France, avec des métiers différents, mais complémentaires, et permettant le passage et la progression d’un métier à un autre. Ce groupe a pour tâche commune fondamentale de transmettre des savoirs vivants et une culture commune, basée sur des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de démocratie et de garantie d’un certain nombre de droits sociaux, dont le droit à l’éducation pour tous.

Pour les enseignants chercheurs du supérieur, dont l’importance est fondamentale pour la création et la transmission des savoirs en France et dans le monde, après leur doctorat, leur qualification par le Conseil National des Universités et leur recrutement par une Université, leur première année de stage d’enseignant chercheur doit aussi comporter une décharge horaire leur permettant de se former au métier d’enseignant.

La formation des enseignants du premier degré est assurée par les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) qui sont une composante de toute Université ou de tout Pôle Universitaire de Formation et de Recherche, regroupant plusieurs Universités ou écoles d’enseignement supérieur. Les IUFM assurent aussi des formations pédagogiques pour les enseignants stagiaires du second degré et pour tous les enseignants, en formation continue, de la maternelle à l’enseignement supérieur.

Il est souhaitable que les chercheurs des instituts de recherche fassent connaître leurs travaux aux étudiants des Universités et à leurs collègues enseignants chercheurs. Ils peuvent donc recevoir une formation pédagogique adaptée de haut niveau dans les IUFM. Ils peuvent aussi participer à des Unités Mixtes d’Enseignement et de Recherche, en lien avec les laboratoires de recherche des Universités.

Dans chaque niveau d’enseignement, l’excellence doit être recherchée. Elle est stimulée par des concours complémentaires : agrégation dans l’enseignement du second degré, passage de maître de conférences à professeur par une habilitation à diriger des recherches dans l’enseignement supérieur. Un concours d’excellence est donc à créer pour les professeurs des écoles. L’excellence de la recherche dans une discipline donnée ne peut être évaluée que par des pairs de la discipline en question.

Le 17 mai 2009

Mots-clés associés :

articulation formation / concours - contenus de formation - disciplines - recherche - savoirs professionnels
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