Masterisation : les États généraux de la formation enseignante traduisent un rapprochement des points de vue, selon la CPU et la CDIUFM
Dépêche n°120355 - Cécile Peltier - Mercredi 30 septembre 2009
« Les États généraux traduisent un rapprochement des points de vue du monde éducatif sur la masterisation. Nous espérons que dans les semaines qui viennent, ils puissent être entendus afin d’éviter une nouvelle année périlleuse », indique le président de la CDIUFM, Gilles Baillat lors de la présentation de la synthèse des États généraux de la formation enseignante (dépêche de l’AEF n°120298), mardi 29 septembre 2009 à la Mutualité à Paris. La consultation en ligne qui fait émerger l’idée d’une « formation intégrée » conçue sous le régime de l’alternance, la nécessité d’introduire une « initiation à la recherche » ou d’articuler les masters et concours, constituent en ce sens « une étape importante », estime Simone Bonnafous, vice-présidente de la CPU. Le président de l’Unef, Jean-Baptiste Prévost, salue de son côté « une homogénéisation progressive des positions ».
Conduits entre le 18 mai et le 3 juillet 2009, par la CDIUFM, la CDUS et la CDUL avec le parrainage de la CPU, les États généraux ont été lancés dans « un contexte de crise où la communauté universitaire a manifesté fortement le sentiment de n’avoir été ni consultée, ni a fortiori entendue sur les principes mêmes de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants », rappelle Gilles Baillat. La synthèse établie au terme de la consultation permet de dessiner une doctrine en ce domaine, « qui rejoint à maints égards celle qui s’est dégagée du rapport de la commission Filâtre », ajoute-t-il.
« Mais le milieu [universitaire] est loin d’être unanime, le débat avec la salle montre que les gens restent parfois sur des positions liées au mouvement de cet hiver, plus que dans une attitude de proposition », souligne Simone Bonnafous. « C’est une belle unité de façade, mais en réalité, les contributions sont hétérogènes », dénonce un participant, qui aurait préféré à une synthèse, « un livre blanc sur la formation » avec une « mise en perspective historique ». « Cela aurait permis de travailler sur les points névralgiques et de prendre des positions plus tranchées. »
« Une étape, pas un aboutissement »
Dans ce sens, « la synthèse est une étape, pas un aboutissement », nuance Daniel Filâtre, coordonnateur du groupe « inter-conférences universitaires » de la CPU, qui salue la qualité de cette consultation. « On prône le modèle intégré, mais la manière de penser des enseignants-chercheurs n’est pas du tout unifiée. » Ainsi, la « dissociation » est forte entre « savoir disciplinaire » et « savoir professionnel ». Sur le terrain, la concurrence entre masters enseignement et masters recherche sera difficile à dépasser. « Les universités, ne travaillez pas sur une réforme qui n’est pas achevée », prévient-il.
Il reste en effet de nombreux points à régler. Stéphane Jaffard, président de la société mathématique de France (SMF) et l’historien de l’éducation Claude Lelièvre sont d’accord : « Les propositions [sur la masterisation] qui risquent de passer sont les pires. Pour réussir cette réforme, il fallait choisir des solutions réalistes, mais les solutions proposées vont droit dans le mur. » « Nous sommes dans un contexte d’interrogation », renchérit un enseignant de Paris-X, syndiqué à Sup Recherche-Unsa.
Des positions arrêtées à la DGESCO
La CDIUFM s’inquiète du sort réservé aux agrégés : avec la masterisation, ils risquent de « perdre une année de formation professionnelle ». Le ministère et les rectorats devront « jouer le jeu » afin que les stages « ne soient pas des remplacements mais des moments de formation intégrés au cursus », insistent par ailleurs la CDIUFM et la CPU.
Autre sujet d’inquiétude : la place du concours. Les universitaires comme la CDIUFM s’inquiètent des conséquences d’un concours dont les épreuves d’admissibilité seraient placées en début de M2, comme le prévoient les décrets publiés cet été, avec l’accord de « certains syndicats du second degré ». « Un concours en fin de M1 aurait permis de régler la question des flux », remarque Jean-Baptiste Prévost, qui s’oppose à une sélection à l’entrée en M1. Un message « entendu » par la CPU. Reste à prévoir une manière de réguler ces « flux » : « Est-ce qu’on ne pourrait pas maintenir un statut d’école interne de formation des enseignants qui permettrait de calibrer le nombre d’étudiants qu’elles peuvent accueillir dans leur préparation en fonction des places de stages ? C’est une question », lance Simone Bonnafous.
En matière de masterisation, « les universitaires ont fait des propositions », la balle est maintenant dans le camp du politique, conclut la vice-présidente de la CPU. Selon Gilles Baillat qui participe aux groupes de travail interministériels sur la masterisation, « des options lourdes sont déjà arrêtées par la Dgesco ».
