Concours de lettres et masters

Déposé par le collectif : Coordination Concours Lettres

Publié le 1er juillet 2009 sous la référence : 2230210

Contenus et modalités Seul le maintien de jurys et de programmes nationaux assurera un contrôle national du niveau disciplinaire. Des concours nationaux sur la base de programmes nationaux (plus exigeants que ceux du baccalauréat ou de la licence) doivent fonder la sélection des candidats sur des connaissances disciplinaires, évaluées par des spécialistes universitaires et des enseignants des disciplines concernées. L’exigence scientifique des concours requiert la présence d’enseignants-chercheurs de l’Université dans tous les jurys, à toutes les épreuves, et leur participation active au choix de programmes et de sujets. L’allongement du temps de préparation du concours doit permettre de renforcer et non d’affaiblir les exigences disciplinaires, ni de restreindre le champ des matières étudiées.

Rappelons les compétences requises d’un bon professeur de français  ? une solide connaissance de la langue moderne, de ses origines et de son histoire  ? la passion de la littérature et la familiarité avec les grands textes  ? le goût de transmettre cette passion et cet héritage  ? un regard ouvert sur d’autres cultures pour maîtriser la sienne.

Le recrutement pour l’enseignement secondaire doit reposer sur l’exigence culturelle. La maîtrise de la langue est le socle nécessaire à tous les autres enseignements. La polyvalence inhérente à l’enseignement des lettres requiert une solide connaissance de l’histoire et de l’évolution de la langue, comme de son patrimoine littéraire et des influences qui l’ont enrichi (cultures antiques, littératures étrangères ). Pour vérifier ces compétences l’actuel CAPES présente des épreuves d’une grande diversité à laquelle il n’y a pas lieu de renoncer (dissertation littéraire, version, écrits de langue moderne et d’ancien français, explications de textes en français et en langue) ; il serait absurde qu’un allongement de la formation débouche sur l’appauvrissement des épreuves et programmes. Pour éviter des regroupements contestables, nuisant à la fiabilité des épreuves, il faut éviter qu’une règle numérique (2 écrits + 2 oraux) soit imposée avant toute exigence de contenu. Il faut garder 2 concours : le CAPES (à renommer ?) et l’agrégation, précédés d’une année de préparation spécifique, sans interruption par des stages longs. La formation à l’enseignement théorique (pédagogie et didactique) et pratique (stages) doit intervenir après le concours disciplinaire pendant l’année de stage. Une épreuve de connaissance du système éducatif n’est pas nécessaire au stade du concours : les compétences en la matière, acquises durant le stage par les reçus du concours, vérifiées sur le terrain par le personnel d’encadrement des lycées et collèges, peuvent rentrer en ligne de compte pour la titularisation.

Nature des masters et adossement à la recherche La mastérisation des concours ne doit pas s’exercer au détriment de la recherche. Les chercheurs en lettres sont aussi majoritairement des enseignants : comment éviter qu’en les formant à l’enseignement on les prive d’une formation à la recherche ? La recherche ne doit pas devenir une composante subalterne du master enseignement (un mini-mémoire n’est pas une recherche digne de ce nom) ; les masters recherche risquent de n’attirer qu’un nombre réduit d’étudiants : ceux qui veulent s’assurer un débouché professionnel en passant les concours s’inscriront dans les parcours enseignement, sans disposer du temps nécessaire à la recherche. La création de masters enseignement pour nos disciplines risque d’amener la disparition de masters recherche faute d’un nombre suffisant d’inscrits. Les répercussions se feront sentir dès la licence avec la fermeture induite de nombreuses filières hors des grands centres. L’État doit garantir l’égalité territoriale face à la recherche : que tout étudiant puisse suivre dans son université un master recherche. Pour l’avenir de la recherche et des universités, il est indispensable d’offrir aux futurs enseignants-chercheurs l’occasion de s’initier à une recherche approfondie sans se couper de la profession enseignante. Les passerelles entre enseignement et recherche doivent être préservées. Il faut éviter que les étudiants aient à choisir en fin de la licence entre des cursus exclusifs les uns des autres, dirigés vers la recherche, vers l’agrégation ou vers le CAPES. Beaucoup d’agrégatifs préparent aussi le CAPES, possibilité qui doit être maintenue sous peine de voir s’effondrer le nombre de candidats au concours le plus difficile et aussi le nombre de futurs thésards, donc de futurs chercheurs. De nombreux agrégés visant le doctorat préparent un M2 recherche après la réussite au concours : il faut préserver cette possibilité. L’avenir de la recherche en lettres et sciences humaines, et donc une part de la place de la France sur l’échiquier culturel mondial, sont en jeu.

Articulation entre masters et concours Il convient de ne pas dissocier les maquettes d’éventuels nouveaux masters et les concours. Pour les promoteurs de la réforme, les épreuves des concours ne sauraient influer sur le programme des masters : indépendant et complémentaire des concours, le master garantirait la compétence disciplinaire du candidat. Cette vision irréaliste vide les concours de leur substance. Il est inacceptable et dangereux de séparer ainsi l’obtention d’un master attestant d’une compétence et la question du recrutement. Le cahier des charges permettant ensuite aux universités de préparer les maquettes du master enseignement ne peut être rédigé que sur la base des épreuves de concours nationaux aux exigences disciplinaires larges établies par un programme spécifique. Il faut articuler et non dissocier la réflexion sur le contenu du concours (nombre et nature des épreuves, programmes) et la réflexion sur le contenu des masters enseignement. L’expérience montre que, dans les facultés qui ont réfléchi aux futurs masters enseignement, l’absence de certaines disciplines, essentielles à la formation d’un enseignant de lettres, parmi les épreuves du projet de concours allégé, loin de conduire à leur renforcement dans les maquettes, signe leur arrêt de mort.

Stages étudiants et cursus de masters Il est impossible de préparer un concours exigeant à visée généraliste, se consacrer à des stages pédagogiques et mener dans un même temps une véritable recherche, avec des lectures abondantes, des séjours en bibliothèque, un travail de réflexion et d’écriture. Les stages longs offrant une initiation à la pratique du métier enseignant sont inconciliables avec la préparation disciplinaire du concours et un travail de recherche approfondi. L’année de stage rémunéré après l’admission au concours permet au professeur stagiaire encadré par un tuteur de prendre en charge une classe, tout en suivant l’indispensable formation d’accompagnement. Ce stage permet un véritable travail d’analyse des pratiques pédagogiques.

Mots-clés associés :

concours - contenus de formation - disciplines - master - recherche
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