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Une réforme exige des principes de mise en oeuvre

Avis de Frédéric Torterat (Enseignant dans le supérieur ; Chercheur ; Formateur d’enseignants ; Parent d’élève )

Publié le 12 juin 2009 sous la référence : 2130085

Le contexte auquel l’ensemble des acteurs de la formation des enseignants sont aujourd’hui confrontés, dans ce pays comme dans d’autres pays européens (en particulier en Italie), provoque un embarras bien légitime, si ce n’est une consternation qui ne l’est pas moins.

Effectivement, la "réforme" en cours de concertation, pour peu que l’on souscrive à cette démarche de réflexion commune, présente tous les contours d’une "rupture" profitable, d’une approche constructive, mais conditionne, dans les faits, la pérennité des concours nationaux ainsi que des missions de service public. Cela n’est pas dû à la réforme en elle-même, dans ses recommandations générales et dans certains éléments de sa conception, mais à la conduite méthodologique qui en est faite, aux conditions concrètes de sa mise en oeuvre, autrement dit à sa pratique. Je ne reviendrai pas sur l’historique du dialogue très difficile qui s’est établi entre les universités, les IUFM qui en sont désormais les composantes, et les ministères concernés par cette question dite de la "mastérisation". Autant dire simplement que, parmi les documents qui sont intervenus depuis la rentrée universitaire 2008, aucun ne peut se présenter comme un véritable élément de cadrage de la réforme. Dans leur quasi-intégralité, il s’agit de "lettres" et de "communiqués", qui n’ont aucune valeur réglementaire, et il en est de même pour la circulaire du 17 octobre 2008, laquelle demeure elle aussi un texte infrarèglementaire.

Or, concrètement, qu’est-ce que cela implique ? Une Ecole comme le sont les IUFM s’organise comme le font toutes les écoles professionnalisantes : elle rassemble des équipes pluricatégorielles ("pluristatutaires", pour reprendre le dernier document de la CPU), avec une intrication de services qui exige une coordination de tous les instants ; elle suppose une architecture de parcours et d’interventions qui, de la préprofessionnalisation à la formation continuée, implique un ensemble de stratégies que des instances régulières comme les Conseils scientifiques et pédagogiques et les Conseils d’école ont pour objet de mettre en position de synergie, de manière à accroître la productivité des formations. A tous les niveaux, les responsables de domaines d’intervention, les responsables de filières et de centres, les équipes de direction, sont appelés non seulement à prendre en compte un ensemble complexe de cahier des charges, mais aussi à mener une série de collaborations avec les UFR, les corps d’inspection, les délégations rectorales, les établissements scolaires, les circonscriptions académiques et les organismes de recherche. Tout cela, de manière à ce que les éléments de formation contribuent à consolider le professionnalisme des enseignants, et donc à permettre l’articulation entre les contenus des différents domaines d’apprentissage, leur conception didactique, les pratiques professionnelles qui conduisent à leur mise en oeuvre, ainsi que les apports d’une recherche qui, en suscitant une réflexion critique sur ces données, soumettent les exigences académiques à des contraintes d’innovation et de constante adaptation. A ce titre, l’injonction qui consiste à faire construire des masters dépourvus d’éléments de cadrage concertés, tout en minimisant une formation en alternance déjà abondamment évaluée, revient à "manager" une restructuration générale qui, en 2011-2013, conduira à un plan social non seulement au niveau de la formation des enseignants, mais aussi à celui du recrutement des enseignants lui-même, par le biais de la constitution de viviers.

En dernière analyse, c’est donc le système scolaire actuel qui se voit compromis, ce qui n’est pas vraiment la meilleure manière de faire des économies, à moins de ne se projeter qu’à l’aune de 2012 (où le système commencera tout juste à se dégrader). Il est donc encore temps pour que la réforme engagée s’organise de manière vraiment productive, et ne corresponde pas à des économies de court terme :
- une coordination générale des actions de formation par les Universités à partir de leurs écoles IUFM intégrées ou partenariales, en collaboration avec les UFR et les corps d’inspection ;
- la consolidation de parcours, de la préprofessionnalisation à la formation continuée, qui impliquent un "M2" en alternance à la fois rémunéré et conforme aux dispositions réglementaires de décembre 2006 ;
- l’exigence d’une formation "tout au long de la vie" qui inscrive les dynamiques académiques et régionales dans un cadre national réaffirmé. Ces principes, en somme très accessibles, relèvent d’une question de responsabilité sur laquelle il convient de se positionner.

Mots-clés associés :

accompagnement - acteurs de la formation - contenus de formation - master
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